Le père Caboccini le regardait avec un étonnement irrité, lorsque Rodin se grandissant encore, et redevenant plus impérieux, plus hautain, plus souverainement dédaigneux que jamais, écarta du revers de sa main crasseuse le papier que lui tendait le père Caboccini, et lui dit:

— De quelle date est ce rescrit!

— Du 11 mai… dit le père Caboccini stupéfait.

— Voici un bref que j'ai reçu cette nuit de Rome, il est daté du 18… et m'apprend que je suis nommé général de l'ordre… Lisez…

Le père Caboccini prit la cédule, lut, et resta d'abord atterré. Puis il rendit humblement le rescrit à Rodin en ployant respectueusement le genou devant lui.

Ainsi se trouvait accomplie la première visée ambitieuse de Rodin… Malgré tous les soupçons, toutes les défiances, toutes les haines qu'il avait soulevées dans le parti dont le cardinal Malipieri était le représentant et le chef, Rodin, à force d'adresse, de ruse, d'audace, de persuasion, et surtout à raison de la haute idée que ses partisans de Rome avaient de sa rare capacité, était parvenu, grâce à l'activité, aux intrigues de ses séides, à faire déposer son général et à se faire élever à ce poste éminent…

Or, selon les combinaisons de Rodin, garanties par les millions qu'il allait posséder, de ce poste au trône pontifical… il ne lui restait plus qu'un pas à faire…

Muet témoin de cette scène, Samuel sourit aussi, lui, d'un air de triomphe, lorsqu'il eut fermé la cassette au moyen du secret que lui seul connaissait.

Ce bruit métallique rappela Rodin des hauteurs d'une ambition effrénée aux réalités de la vie, et il dit à Samuel d'une voix brève:

— Vous avez entendu!… À moi… à moi seul… ces millions…