— Que dit-il!… s'écria Rodin. Que fait-il!…

— Regardez, dit à son tour Samuel avec un farouche triomphe; je vous l'ai dit, les dépouilles de vos victimes échapperont à vos mains homicides.

À peine Samuel eut-il prononcé ces mots, qu'à travers les découpures de la cassette de fer travaillée à jours s'échappèrent quelques jets de fumée, et une légère odeur de papier brûlé se répandit dans la salle…

Rodin comprit.

— Le feu!… s'écria-t-il en se précipitant sur la cassette pour l'enlever. Elle était rivée à la pesante console de marbre.

— Oui… le feu!… dit Samuel; dans quelques minutes… de ce trésor immense il ne restera plus que des cendres… et mieux vaut qu'il soit réduit en cendres que d'être à vous et aux vôtres… Ce trésor ne m'appartient pas… il ne me reste plus qu'à l'anéantir, car Gabriel de Rennepont sera fidèle au serment qu'il a fait!

— Au secours!… de l'eau!… de l'eau!… criait Rodin en se précipitant sur la cassette qu'il couvrait de son corps, tâchant en vain d'étouffer la flamme, qui, activée par le courant d'air, sortait par les mille découpures du fer; puis bientôt son intensité diminua peu à peu, quelques filets de fumée bleuâtre s'échappèrent alors de la cassette… et tout s'éteignit!…

C'en était fait… Alors Rodin, éperdu, haletant, se retourna; il s'appuyait d'une main sur la console… pour la première fois de sa vie… il pleurait… de grosses larmes… larmes de rage, ruisselaient sur ses joues cadavéreuses.

Mais soudain d'atroces douleurs, d'abord sourdes, mais qui avaient peu à peu augmenté d'intensité, quoiqu'il usât de toute son énergie pour les combattre, éclatèrent en lui avec tant de furie, qu'il tomba sur ses genoux en portant ses deux mains à sa poitrine, et il murmura, tâchant encore de sourire:

— Ce n'est rien… ne vous réjouissez pas… quelques spasmes, voilà tout. Le trésor est détruit… mais je… reste toujours… général… de l'ordre… et je… Oh!… je souffre… Quelle fournaise! ajouta-t-il en se tordant dans d'horribles étreintes. Depuis… que je suis entré dans cette maison maudite… reprit- il, je ne sais… ce que j'ai… Si… je ne vivais… depuis longtemps… que de racines… d'eau et de pain… que je vais… acheter moi-même… je croirais… au poison… car… je triomphe… et le… cardinal Malipieri… a les bras longs… Oui… je triomphe… aussi… je ne mourrai pas… non… pas plus cette fois que les autres… Je ne veux pas… mourir, moi.