Hélas! pour lui... quel spectacle!

Tantôt Angèle abandonnait le bras du Caraïbe pour courir avec une ardeur et une joie enfantines après de beaux insectes aux élitres d’or et d’azur, ou pour cueillir quelque belle fleur parfumée, puis elle revenait bientôt auprès d’Youmaalë, qui, toujours calme, presque solennel, semblait avoir pour la jeune femme une tendresse grave et protectrice.

Quelquefois le Caraïbe donnait à la veuve sa main à baiser.

Angèle, heureuse et fière de cette faveur, portait cette main à ses lèvres d’un air à la fois respectueux et passionné;... on eût dit une femme caraïbe, habituée à vivre en esclave soumise et dévouée devant son maître.

Youmaalë tenait une fleur magnifique que la veuve lui avait donnée. Il laissa tomber cette fleur. Angèle se baissa précipitamment, la ramassa et la lui rendit, sans que le sauvage fît un geste pour la prévenir ou pour la remercier de son attention.

—Stupide et grossier animal! s’écria Croustillac indigné. Ne dirait-on pas un sultan! Comment cette créature adorable peut-elle se résoudre à baiser la main de ce cannibale, qui n’a pu faire d’autre éloge du vertueux père Simon, qu’en disant qu’il en avait mangé... Hier, un boucanier, aujourd’hui un anthropophage, demain sans doute un flibustier... Mais c’est donc une Messaline que cette femme! ajouta Croustillac, à la fois désespéré et effrayé de sentir se développer rapidement en lui les germes d’une passion réelle.

La veuve et le Caraïbe s’étant de plus en plus rapprochés de la fenêtre, d’où le chevalier les épiait, il entendit leur entretien...

Youmaalë parlait français avec le léger accent guttural naturel à sa race; ses paroles étaient rares et brèves.

Croustillac saisit ces mots d’une conversation commencée.

—Youmaalë, disait la petite veuve, qui, s’appuyant sur le bras du Caraïbe, le regardait tendrement... Youmaalë, vous êtes mon maître, j’obéirai, n’est-ce pas mon devoir, mon doux devoir, de vous obéir?