—Vous avez raison, monsieur le baron, dit M. de Chemeraut en interrompant le gouverneur et en allant fermer pareillement les fenêtres, ceci est plus prudent; on pourrait nous entendre du dehors.

—Mais, monsieur, si nous restons sans aucun courant d’air, nous allons étouffer ici. Cela va devenir une véritable étuve.

—Ce que je dois avoir l’honneur de vous dire, monsieur le baron, ne durera pas longtemps; mais il s’agit d’un secret d’état de la dernière importance, et la moindre indiscrétion pourrait compromettre la réussite de la mission que je viens remplir par ordre du roi. Vous m’accorderez donc la grâce de nous enfermer ainsi jusqu’à la fin de notre entretien.

—Si c’est l’ordre de Sa Majesté, je dois me soumettre, monsieur, dit M. de Rupinelle avec un long soupir et en s’essuyant le front, je saurai me dévouer pour son service.

—Veuillez d’abord jeter les yeux sur le pouvoir de Sa Majesté, dit M. de Chemeraut; et il prit un papier dans une petite cassette qu’il portait avec un soin tout particulier, et qu’il n’avait voulu confier à personne.

CHAPITRE XV.
L’ENVOYÉ DE FRANCE.

Pendant que le gouverneur lisait sa dépêche, M. de Chemeraut regarda d’un air complaisant un objet renfermé dans la cassette, et se dit:—Si j’ai occasion de l’employer, ce sera parfait; mon idée est excellente.

—Ce pouvoir, monsieur, est parfaitement en règle; je dois exécuter tous les ordres que vous me donnerez, dit le gouverneur en regardant M. de Chemeraut avec une profonde surprise. Puis il ajouta:

—Il fait, si chaud, monsieur, que je vous demanderai la permission d’ôter ma perruque, malgré la bienséance.

—Mettez-vous à votre aise, monsieur le baron, mettez-vous à votre aise, je vous en conjure.