—Et le boucanier, monsieur le baron?

—De telles gens sont aujourd’hui ici, demain ailleurs, selon que la chasse est plus ou moins abondante; quelquefois il reste un mois absent, il en est de même du Caraïbe.

—Ces renseignements s’accordent parfaitement avec ceux que l’on m’avait donnés; d’ailleurs, je ne vous parle de ces gens-là, monsieur le baron, que pour mémoire. Ils sont beaucoup trop subalternes et beaucoup trop en dehors de la mission que j’ai à remplir pour mériter de nous occuper plus longtemps... Ce sont tout au plus des instruments passifs, ajouta M. de Chemeraut en se parlant à lui, et c’est sans doute très indirectement même qu’ils se relient à cette grave affaire.

Puis, après quelques moments de réflexion, il reprit tout haut:

—Maintenant, monsieur le baron, une dernière question. Votre police secrète ne vous a pas appris que des Anglais aient tenté de s’introduire dans l’île depuis la guerre?

—Deux fois depuis peu de temps, monsieur, nos croiseurs ont donné la chasse à un bâtiment suspect venant de la Barbade et tâchant de s’approcher des côtes du Vent... seuls endroits où l’on puisse aborder dans l’île; ailleurs, les côtes sont trop accores pour que l’atterrissement soit possible.

—Très bien, dit M. de Chemeraut.

Après un moment de silence, il reprit:

—Dites-moi, monsieur le baron, combien faut-il de temps pour se rendre d’ici au Morne-au-Diable?

—Il est environ onze heures, les chemins sont difficiles; on ne pourrait guère y arriver avant la nuit tombante.