Le gouverneur se leva.

—Ainsi, monsieur le baron, lui dit M. de Chemeraut, il est bien convenu que vous ne préviendrez le guide qui doit me conduire à ma destination qu’au moment de notre départ.

—Mais, d’ici-là, monsieur, si je le fais mander, que lui dirai-je?

M. de Chemeraut parut étonné de la naïveté du gouverneur et lui dit:

—Quel est ce guide, monsieur?

—Un de mes noirs, qui travaille à l’habitation du roi, à une bonne lieue d’ici. C’est un drôle qui s’est enfui si souvent marron, qu’il est plus habitué aux retraites inaccessibles de l’île qu’aux grandes routes.

—Cet esclave est-il sûr, monsieur le baron?

—Très sûr, monsieur, il n’aurait aucun intérêt à vous égarer; d’ailleurs je le préviendrai que s’il vous égare, il aura le nez et les oreilles coupés.

—Il est impossible qu’il résiste à une pareille considération, monsieur le baron; maintenant pour répondre à votre objection, que faire de ce nègre jusqu’au moment de notre départ, pour l’occuper...

—Mais j’y pense!... une idée! s’écria le baron d’un air triomphant, on pourrait le fouetter: ça le dérouterait; il croirait qu’on ne l’a fait venir ici absolument que pour ça!