Ce disant, le père Griffon sortit précipitamment pour hâter les préparatifs de son départ.
Monsieur finissait de seller Grenadille et Jean terminait l’armement de Colas.
Quelques mots sont nécessaires pour présenter au lecteur le nouvel acteur dont nous n’avions pas eu jusqu’ici occasion de parler.
Colas était un sanglier privé, d’une merveilleuse intelligence, dont le père Griffon se faisait toujours accompagner et précéder lors de ses excursions à travers les bois.
Grâce à leur peau couverte de soies rudes, à leur épaisse cuirasse de graisse où s’arrête et se fige, dit-on, le venin des serpents, les sangliers et même les porcs domestiques font, aux colonies, une guerre acharnée aux reptiles; Colas était un de leurs plus intrépides adversaires. Son armement se composait d’une muselière de fer percée de petits trous, et terminée par une sorte de croissant très tranchant. On défendait ainsi le bout de la hure du sanglier, seule partie qui fût vulnérable, et on lui donnait une arme formidable contre les serpents.
Colas précédait toujours Grenadille de quelques pas, lui frayant la route et faisant fuir les reptiles qui auraient pu piquer la haquenée.
Le père Griffon, qui ne s’était pas attendu au brusque départ de Croustillac (l’aventurier avait, on le sait, quitté le presbytère sans faire ses adieux à son hôte), le père Griffon voulait confier Colas au chevalier, lorsqu’il eût vu celui-ci absolument décidé à s’aventurer dans la forêt; le religieux pensait que le sanglier privé épargnerait quelques dangers à Croustillac; mais la disparition matinale de ce dernier rendit vaine la prévoyance du père Griffon.
Après avoir recommandé la maison à ses deux noirs, sur la fidélité desquels il savait d’ailleurs pouvoir compter, le curé du Macouba enfourcha Grenadille, siffla Colas qui répondit par un grognement joyeux, et, nouveau saint Antoine, le bon père commença de prendre en hâte le chemin qui conduisait au Morne-au-Diable, craignant d’arriver trop tard et aussi de rencontrer en route M. de Chemeraut, qu’il n’aurait pu alors que difficilement devancer. . . .
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Le lecteur se souvient que, grâce à la voracité des chats-tigres qui avaient dévoré le cadavre de John, le colonel Rutler avait pu sortir de la caverne du pêcheur de perles par le conduit souterrain.