—Mordioux!... quand je parle j’aime qu’on me réponde.

Même silence de la part du Caraïbe.

—Ces grands airs-là ne m’imposent pas, s’écria Croustillac, je ne suis pas de ceux que l’on mange tout vivants, je pense?

Même silence.

—Mordioux! s’écria l’aventurier, savez-vous qu’à la fin, tout cannibale que vous êtes, je pourrais bien vous faire prendre un bain dans ce lac en manière de leçon de politesse et à cette fin de vous civiliser, monsieur le sauvage?

En disant ces mots, le chevalier s’approcha du Caraïbe d’un air menaçant.

Youmaalë se leva gravement, jeta un regard dédaigneux sur le chevalier, puis lui montra du doigt une énorme souche de bois d’acajou à racines contournées, qui formait le siège rustique sur lequel il était assis.

—Eh bien! après? demanda le chevalier, je vois cette souche, je ne comprends pas votre signe, à moins qu’il ne signifie que vous êtes aussi sourd, aussi muet, aussi impassible que cette souche.

Sans lui répondre, le Caraïbe se baissa, prit le tronc d’arbre entre ses bras nerveux, le jeta dans l’étang, et, d’un geste significatif, sembla dire à Croustillac: Voilà comme je puis vous traiter.

Puis Youmaalë s’éloigna lentement sans que sa physionomie eût, pendant cette scène, révélé la moindre émotion.