—Et elle est aussi riche qu’on le dit?

—Mais, oui, c’est connu, tout le monde le sait, dit le capitaine.

—Riche à millions!! riche à armer des bâtiments de 400,000 livres... riche à avoir des sacs de diamants et d’émeraudes et de perles fines..., s’écria le Gascon, dont les yeux étincelaient, dont les narines se gonflaient, dont les mains se crispaient.

—Mais on vous répète qu’elle est riche à acheter la Martinique et la Guadeloupe, si cela lui faisait plaisir, reprit le capitaine.

—Et vieille... très vieille?... demanda le chevalier avec inquiétude.

Son interlocuteur regarda les autres passagers d’un air interrogatif, et dit:—Quel âge peut bien avoir la Barbe-Bleue?

—Ma foi, je n’en sais rien, dit l’un.

—Tout ce que je sais, reprit un autre, c’est que lorsque je suis arrivé dans la colonie, il y a deux ans, elle en était déjà à son second mari, et qu’elle entamait le troisième..., qui ne lui a pas seulement duré un an.

—Pour ce qui est du troisième mari, on ne dit pas qu’il soit mort, mais il a disparu, reprit un autre.

—Il est si bien mort, au contraire, qu’on dit avoir vu la Barbe-Bleue en grand deuil de veuve, dit un passager.