Quoique beaucoup moins vigoureux que le duc, le chevalier ne manquait pas d’énergie; il commençait à se débattre d’une manière inquiétante, lorsque Angèle, épouvantée, courut prendre un flacon, mit sur son mouchoir une goutte de liqueur, et frottant la main du prince, enleva la couleur de bitume qui s’y trouvait, et la peau redevint blanche.

—Comprenez-vous enfin, monsieur, que les trois personnages n’en font qu’un? dit le prince en cessant de bâillonner Croustillac, et en lui montrant sa main blanchie.

Ces mots furent un trait de lumière pour l’aventurier: il comprit tout.

Malheureusement, au moment où le prince ôta sa main de la bouche du Gascon, celui-ci n’avait pu retenir, ce cri: A moi, monsieur de Chemeraut!

Le bruit de la lutte avait déjà éveillé l’attention de l’envoyé de France; en entendant le cri du Gascon, il se précipita dans la chambre l’épée à la main.

Il est impossible de peindre la stupéfaction, l’effroi de ces trois personnages, lorsque M. de Chemeraut parut.

Le duc mit la main sur son poignard;

Angèle tomba assise dans un fauteuil en cachant son visage dans ses mains;

Croustillac regarda autour de lui d’un air désolé, regrettant, mais trop tard, sa maladresse.

Néanmoins, la présence d’esprit de l’aventurier lui revint peu à peu; de même qu’il suffit d’un vif rayon de soleil pour dissiper un épais brouillard, du moment où le bon chevalier eut la clef des trois déguisements du prince, tout s’éclaircit à ses yeux; son esprit, jusqu’alors si douloureusement agité, se calma, ses doutes offensants sur la Barbe-Bleue cessèrent, il ne lui resta que le chagrin de l’avoir accusée, et la volonté de se dévouer pour elle et pour le prince.