—Eh bien! monseigneur, ne me faites pas conduire à bord de ce bâtiment dont vous parlez.

—Et pourquoi cela, madame?

—Mon Dieu, parce que c’est le brigantin le Caméléon, commandé par le capitaine Ralph, monseigneur; cet homme est cruel; il a remplacé le flibustier l’Ouragan dans ce commandement.

—Et c’est justement pour cela que j’ai choisi le Caméléon, madame; c’est justement parce que le capitaine Ralph est le plus cruel ennemi de votre indigne amant, dit Croustillac, qui comprenait à merveille l’intention d’Angèle.

—Mais, monseigneur, vous savez bien que ce bâtiment sera mouillé demain matin, ici tout près, presque au pied du Morne... à l’anse aux Caïmans.

—Oui, madame, je le sais.

—Eh bien, monseigneur, vous voulez me forcer à m’embarquer là, lorsque, pour rien au monde, je n’aurais seulement osé approcher de ce rivage... Oubliez-vous donc, grand Dieu, les affreux souvenirs qui, pour moi, se rattachent à cet endroit?

—Oh! la fine mouche! pensa Croustillac, cela veut dire ce que je ne savais pas, qu’il y a justement un bâtiment à elle appelé Caméléon, dont le capitaine lui est dévoué, et qui sera demain matin mouillé près d’ici... J’y suis... Il s’agit probablement de ce navire qu’elle avait fait préparer en toute hâte pour assurer sa fuite et celle du duc lorsqu’elle m’avait vu emmené par le colonel Rutler; un des nègres pêcheurs était sans doute parti en avant pour donner des ordres en conséquence.

Le Gascon reprit tout haut après un moment de réflexion:

—Oui, ces souvenirs sont affreux pour vous... je le sais... madame.