—Il n’y a plus à hésiter, dit Monmouth, je dois déclarer toute la vérité à M. de Chemeraut...

—Grand Dieu! Jacques, que dis-tu?

—Vous voulez être vice-roi! A la bonne heure, monseigneur.

—Non, monsieur... je veux vous empêcher de vous perdre pour moi; ma reconnaissance n’en sera pas moins éternelle pour le service que vous avez voulu me rendre...

—Comment, monseigneur, ce n’est pas pour être vice-roi que vous me dépossédez de ma principauté?

—Mes partisans sont à bord de la frégate; si j’acceptais votre offre généreuse, monsieur, demain vous seriez reconnu... perdu...

—Mais, monseigneur...

—Sans cette circonstance qui, je vous le répète, doit vous faire découvrir d’un moment à l’autre... j’aurais peut-être accepté votre généreux dévouement; l’erreur de M. de Chemeraut eût au moins duré quelques jours... et je pouvais vous mettre à l’abri de ses ressentiments; mais accepter votre offre, monsieur, sachant la présence de mes partisans à bord de la frégate, ce serait vous exposer à un danger certain... Je n’y consentirai jamais.

—Monseigneur, vous oubliez donc qu’il s’agit pour vous d’une prison perpétuelle, si vous ne voulez pas vous mettre à la tête de ce soulèvement?

—C’est parce qu’il s’agit pour moi d’échapper à un danger que je ne veux pas vous sacrifier, monsieur. Lorsque j’appris que vous étiez parti prisonnier du colonel Rutler, j’allais courir à votre poursuite afin de vous enlever de ses mains.