—C’est bien, Thomas; et d’ailleurs, ajouta l’officier en tirant un coup de fusil en manière de signal, le garde-côte n’eût pas laissé mettre le brigantin à la voile.

Il est inutile de peindre l’affreuse angoisse des acteurs de cette scène.

Croustillac reconnut que son projet d’évasion était impraticable, puisqu’au moindre signal le garde-côte se fût opposé au départ du Caméléon.

L’officier dont nous avons parlé arriva auprès de Croustillac et de M. de Chemeraut et leur dit:

—Au nom du roi, je vous somme de me dire qui vous êtes, et où vous allez, messieurs; d’après l’ordre de M. le gouverneur, personne ne peut s’embarquer ici sans un permis de lui.

—Monsieur, lui dit M. de Chemeraut, l’escorte dont je suis accompagné se compose des gardes du gouverneur; vous le voyez, je n’agis pas sans son agrément.

—Une escorte, monsieur, dit l’officier d’un air étonné, vous avez une escorte?

—Là... près du môle, monsieur, dit Croustillac.

—Oh! c’est différent... monsieur, le jour était tout à l’heure si faible, que je n’avais pas remarqué ces soldats. Veuilles m’excuser, monsieur, veuillez m’excuser.

Cet homme, qui semblait extrêmement bavard, s’approcha des gardes du gouverneur, les examina un instant, et continua avec une excessive volubilité: