—Pauvre brebis de maître Daniel! dit le gouverneur.

—Ah! mon bon monsieur, qu’il ne soit pas dit qu’un bâtiment de guerre du roi notre maître repousse un malheureux marchand qui ne lui demande que l’abri de son pavillon, tant qu’il pourra suivre ce pavillon.

M. de Chemeraut pouvait difficilement se refuser à cette demande, qui ne gênait en rien la liberté de la manœuvre de la frégate, le capitaine Daniel s’engageant à suivre la marche de la Fulminante ou a être abandonné. Néanmoins, M. de Chemeraut refusa.

—Vous savez bien, dit-il à maître Daniel, que si, malgré notre escorte, un corsaire vous attaquait, un bâtiment du roi ne pourrait pas vous laisser sans défense. Encore une fois, vous gêneriez la manœuvre de la frégate.... c’est impossible.

—Mais, monsieur, ma riche cargaison...

—Vous avez des canons, défendez-la... Je ne vous convoierai pas, c’est impossible...

—Hélas! mon bon Dieu, moi qui suis venu exprès de Saint-Pierre pour vous faire cette demande, dit Daniel d’un ton douloureux.

—Eh bien! vous attendrez une autre occasion... mais je ne vous couvrirai pas de mon pavillon.

—Pourtant, mon bon monsieur...

—Assez! dit M. de Chemeraut d’un ton haut et rude.