—Si favorables, dit l’officier, que, cette brise durant, demain au soleil levant nous n’apercevrons plus les terres de la Martinique.
Une demi-heure après l’arrivée du Gascon à bord, la Fulminante appareillait par une excellente brise de sud-ouest.
Lorsque M. de Chemeraut vit la frégate sortir de la rade, il ne put s’empêcher de se frotter les mains en se disant:
—Ma foi... ce n’est pas que je sois vain et glorieux, mais j’aurais donné cette mission en cent aux plus habiles... déjouer les projets de l’envoyé anglais... vaincre les scrupules du prince, l’aider à se venger d’une épouse criminelle, l’arracher à force d’éloquence aux accablantes idées que cet accident conjugal avait fait naître dans son esprit, le ramener en Angleterre à la tête de ses partisans... Ma foi, Chemeraut, mon ami, c’est à faire à toi!! Ta fortune était déjà en bon chemin, la voici à tout jamais assurée; ce bon succès me ravit d’autant plus que le roi regarde cette affaire comme très importante. Encore une fois, bravo!...
Chemeraut, le cœur joyeux, l’esprit allègre, s’endormit doucement, bercé par les plus séduisantes et par les plus ambitieuses espérances......
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Il était dix heures et demie du matin; la brise était fraîche, la mer un peu forte, mais très belle; la Fulminante laissait derrière elle un étincelant et rapide sillage.
On n’apercevait plus aucune terre des Antilles, on naviguait en plein Océan.
L’officier de quart, armé d’une longue vue, examinait avec attention un trois-mâts éloigné de deux portées de canon environ, qui tenait absolument la même route que la frégate et marchait aussi vite qu’elle quoiqu’il portât même quelques voiles légères de moins.
A l’extrême horizon l’officier remarquait aussi un autre navire qu’il distinguait encore vaguement, mais qui semblait suivre la même direction que le trois-mâts dont nous venons de signaler la manœuvre.