—Le voir! le voir! s’écria Mortimer dans un nouvel entraînement, le revoir, lui que nous avions cru mort... Le revoir bien en face, retrouver devant nos yeux cette noble et fière figure si belle; le revoir au milieu du feu... le... le... ah!... eh bien oui, je pleure... je pleure, s’écria le brave Mortimer en ne contraignant plus son émotion. Oui, je pleure comme un enfant, et mille tonnerres écrasent ceux qui ne comprennent pas qu’un vieux soldat pleure ainsi...

L’attendrissement est aussi contagieux que l’enthousiasme.

Dick fit comme son ami Percy, et les autres gentilshommes firent comme Dick et comme son ami Percy...

CHAPITRE XXXIII.
LE JUGEMENT.

Un nouveau personnage vint augmenter le nombre des admirateurs passionnés de Monmouth.

On vit s’avancer, soutenu par deux serviteurs, un homme jeune encore, mais que de nombreuses blessures condamnaient à de précoces infirmités.

Lord Jocelyn Rothsay, malgré ses souffrances, avait voulu se joindre aux partisans du prince, et sinon combattre pour la cause que Monmouth allait défendre, du moins venir au-devant du duc, et être des premiers à le féliciter sur sa résurrection.

Les cheveux de lord Rothsay étaient blancs, quoique son pâle visage fût jeune encore et que sa moustache fût aussi noire que ses yeux brillants et hardis. Enveloppé d’une longue robe-de-chambre, il s’avança péniblement, appuyé sur les épaules de deux serviteurs.

—Voilà le brave Rothsay, qui a autant de blessures que de poils à sa moustache! s’écria lord Dudley.

—Par le diable, qui ne m’emportera pas du moins avant que j’aie vu notre duc! dit Rothsay, je serai comme vous l’un des premiers à lui serrer la main! N’aurais-je pas, dans ma verte jeunesse, risqué ma vie pour hâter d’un quart d’heure un rendez-vous d’amour? Pourquoi ne le risquerais-je pas pour voir notre duc un quart d’heure plus tôt?