On était en temps de guerre; le branle-bas de combat fut fait en un moment à bord de la frégate. Le capitaine, voyant l’étrange manœuvre des deux bâtiments, n’avait pas voulu s’exposer à une surprise hostile.
Le léger navire s’approcha, ses voiles à demi-carguées, ayant à sa proue un pavillon parlementaire.
—Monsieur de Sainval, dit le capitaine à un de ses officiers, ordonnez aux canonniers de se tenir à leurs pièces la mèche allumée... Si ce pavillon parlementaire cache une ruse, ce bâtiment sera coulé bas.
M. de Chemeraut et Croustillac partagèrent le même étonnement en reconnaissant le Caméléon, à bord duquel s’étaient embarqués le mulâtre et la Barbe-Bleue.
Le cœur de Croustillac battait à se rompre; ses amis ne l’avaient pas abandonné, ils venaient le secourir, mais par quel moyen?
Bientôt le Caméléon fut à portée de voix de la frégate et lui passa à poupe.
Un homme de haute taille, magnifiquement vêtu, était debout à l’arrière du brigantin, qui mit alors en panne comme la Fulminante.
—Jacques... notre duc!!! Le voilà!!! s’écrièrent avec enthousiasme les trois lords qui, penchés sur le couronnement de la frégate, venaient de reconnaître le duc de Monmouth.
Le brigantin mit alors en panne; les deux navires restèrent immobiles.
Lord Mortimer, lord Dudley et lord Rothsay avaient poussé des cris de joie délirants à la vue du duc de Monmouth.