La petite fille roulait un des coins de son tablier de grosse toile bise, qui recouvrait sa jupe de laine blanchâtre à larges raies noires; le jeune garçon serrait convulsivement son bonnet de laine brun.
Ils s’arrêtèrent au pied de l’escalier.
—Ce sont les enfants du métayer Jacques, dit une voix.
—Eh bien! et les six poulardes, et les trois sacs de blé, et les cent écus de votre père? dit sévèrement le révérend.
Les deux pauvres enfants se serrèrent l’un contre l’autre, se poussèrent le coude pour s’encourager à répondre.
Enfin le jeune garçon, ayant plus de résolution, releva son noble et beau visage, que la grossièreté de ses vêtements rendait plus remarquable encore, et dit tristement au religieux:
—Notre père est bien malade depuis deux mois, notre mère le soigne... il n’y a pas d’argent à la maison... nous avons été obligés de prendre le blé de la redevance pour nourrir un journalier et sa femme qui ont remplacé mon père dans les travaux de la métairie; et puis il a fallu vendre les poulardes pour payer le médecin.
—C’est toujours le même refrain lorsque les tenanciers manquent à leurs redevances, dit brusquement le religieux. Jacques était bon et exact fermier, voilà qu’il se gâte tout comme les autres; mais, dans l’intérêt de l’abbaye comme dans le sien, nous ne le laisserons pas s’égarer dans la mauvaise voie.
Puis s’adressant aux enfants, il ajouta sévèrement:
—Le père trésorier avisera... attendez là.