En se parlant ainsi à lui-même, Croustillac avait examiné la jeune fille avec une avide curiosité; de plus en plus frappé d’une ressemblance qui lui semblait incompréhensible, il attachait sur Angèle des regards étincelants.

La jeune fille, effrayée de nouveau, dit à son frère en cachant sa tête derrière son épaule:

—Mon Dieu, voilà qu’il me fait encore peur.

—Pourtant ces traits, disait Croustillac en sentant son cœur battre à la fois de doute, d’anxiété, de crainte et d’espoir, ces traits charmants me rappellent... mais non... c’est impossible... impossible! Quelle probabilité? décidément, je suis un vieux fou... des fermiers?... Allons, le coup de sabre que j’ai reçu sur la tête au siége d’Azof m’a dérangé la cervelle. Après cela, il y a des hasards si étranges (et certes, plus que personne, j’ai le droit de croire aux bizarreries du hasard. Je serais un ingrat d’en médire); oui, le hasard, peut faire que des paysans donnent à leurs enfants certains noms... plutôt que d’autres, mais le hasard ne fait pas de ces ressemblances... Allons, c’est impossible... Après tout, je puis bien leur demander, et en vérité en leur demandant, je ris de moi-même; c’est stupide...—Mes enfants, dites-moi comment s’appelle votre père?

—Jacques, monsieur.

—Oui... Jacques... mais... Jacques... quoi?

—Jacques, monsieur.

—Jacques, tout court?

—Oui, monsieur, répondit l’enfant en regardant Croustillac avec surprise.

—Voilà qui est de plus en plus étrange, dit Croustillac en réfléchissant.