—Hum... toujours des mendiants, dit le moine... Eh bien! va sonner à la porte du portier, on te donnera une botte de paille et on te trempera une soupe. Puis il ajouta:—Ces vagabonda sont la plaie des maisons religieuses.
L’aventurier devint cramoisi, redressa sa grande taille, enfonça d’un coup de poing son bonnet de fourrure jusque sur ses yeux, frappa la terre de son bâton et s’écria d’une voix menaçante:
—Mordioux! mon révérend, connaissez un peu mieux votre monde, au moins.
—Qu’est-ce que c’est que ce vieux porte-besace? dit le moine irrité.
—Parce que je porte besace, il ne s’ensuit pas que je vous demande l’aumône, mon révérend, s’écria Croustillac.
—Que veux-tu donc alors?
—Je demande à souper et un abri, parce que votre riche couvent peut bien donner du pain et un abri aux pauvres voyageurs. La charité le commande à votre abbé. D’ailleurs, en hébergeant les chrétiens... vous ne donnez pas... vous restituez. Votre abbaye est assez engraissée par les dîmes.
—Veux-tu te taire, vieil hérétique, vieil insolent!
—Vous m’appelez vieil insolent! Eh bien! apprenez, dom Bourru, que j’ai encore un écu dans ma besace, et que je puis me passer de votre paille et de votre soupe, dom Ribaud.
—Qu’entends-tu par dom Ribaud, drôle que tu es? dit le frère lai en s’avançant sur le perron. Prends garde que j’aille un peu secouer tes guenilles.