—Qu’est-ce que cela veut dire, mon fils?
—Que cette femme est libre, qu’elle ne m’a pas vu... et qu’un regard... un seul regard peut changer complétement ses résolutions.
—Je ne le pense pas.
—Mon révérend, j’ai la plus grande, la plus aveugle confiance dans votre parole; je sais toute son autorité..... mais il s’agit du beau sexe... et vous ne pouvez connaître le cœur des femmes comme je le connais; vous ne savez pas de quels inexplicables caprices elles sont capables; vous ne savez pas que ce qui leur plaît aujourd’hui leur déplaît demain, et qu’elles veulent aujourd’hui ce qu’elles ne voulaient pas hier... Les femmes, mon révérend, les femmes... avec elles il faut oser pour réussir... Si ce n’était votre robe, je vous raconterais de curieuses témérités, d’audacieuses entreprises dont j’ai été bien amoureusement récompensé.
—Mon fils!
—Je comprends votre susceptibilité, mon père, et, pour en revenir à la Barbe-Bleue, une fois en présence, je la traiterai non seulement avec effronterie, avec hauteur... je la traiterai en conquérant... je n’ose dire en lion qui vient fièrement enlever sa proie.
Ces réflexions du chevalier furent interrompues par un accident imprévu.
Il faisait très chaud, la porte de la salle à manger qui donnait sur le jardin était restée entr’ouverte.
Le chevalier, tournant le dos à cette porte, était assis dans un fauteuil dont le dossier de bois n’était pas très élevé.
On entendit un sifflement assez aigu, et un coup sec vibra dans la partie pleine du siège du chevalier.