—Quoi donc, colonel?

—Une fois introduits dans le Morne-au-Diable, nous aurons un homme à surprendre et à garrotter; quoi qu’il fasse pour se défendre, il ne faudra pas qu’il lui tombe un cheveu de la tête... à moins qu’il ne nous force absolument à défendre notre vie; alors, ajouta le colonel avec un sourire sinistre, alors... deux cents guinées pour toi, que nous réussissions ou non.

—Mille diables... Vous attendez un peu tard pour me dire cela, colonel... Mais maintenant le vin est tiré, il faut le boire.

—Allons, je ne me suis pas trompé, tu es un brave...

—Ah ça! mais cet homme que vous cherchez est-il fort et courageux?

—Mais... dit Rutler, après avoir réfléchi quelques minutes, figure-toi à peu près le premier mari de la veuve... un homme grand et mince.

—Diable... celui-là était mince, c’est vrai; mais une baguette d’acier aussi est mince, ce qui ne l’empêche pas d’être furieusement forte. Voyez-vous, colonel, cet homme-là savait mieux que personne comment on se sert du plomb et du fer; il était si vigoureux que je l’ai vu prendre un nègre insolemment par la ceinture et le jeter à dix pas de lui, comme il eût fait d’un enfant, quoique ce nègre fût plus grand et plus robuste que vous. Ainsi donc, colonel, si l’homme que vous cherchez ressemble à celui-là, nous aurons du mal à le bâter, comme on dit...

—Moins que tu ne le crois... je t’expliquerai ça...

—Et puis, dit John, si par hasard le flibustier, le boucanier ou le Caraïbe, qui, dit-on, fréquentent la veuve, sont aussi là... ça commencera à devenir gênant...

—Écoute-moi, d’après ce que tu m’as dit, il y a au bout du parc un bois où l’on peut se cacher.