—Mirette, apporte ce luth dans le jardin, allume la lampe d’albâtre de ma chambre à coucher... Je n’aurai pas besoin de toi... N’oublie pas de dire à Cora et aux deux métisses que c’est demain leur jour de service... Puis elle disparut, appuyée sur le bras du mulâtre.

Cette dernière recommandation d’Angèle était motivée par l’habitude qu’elle avait depuis son dernier veuvage d’alterner de trois jours en trois jours le service de ses femmes.

Mirette porta au jardin un très beau luth, d’ébène incrusté d’or et de nacre.

Au bout de quelques instants, on entendit le flibustier moduler avec une grâce infinie quelques-unes des ballades écossaises que les chefs de clans royalistes chantaient de préférence pendant le protectorat de Cromwell.

La voix du mulâtre était à la fois douce, vibrante et mélancolique.

Mirette et les deux esclaves l’écoutèrent pendant quelques minutes avec ravissement.

Aux dernières strophes la voix du flibustier s’émut, quelques larmes semblèrent s’y mêler... puis les chants cessèrent.

Mirette entra dans la chambre de Barbe-Bleue pour allumer une lampe renfermée dans un globe d’albâtre qui jetait sur tous les objets une lumière douce et voilée.

Cette chambre était splendidement tendue d’étoffe des Indes fond blanc, émaillée de fleurs en broderie; une moustiquaire de mousseline d’un tissu semblable à une toile d’araignée enveloppait un immense lit de bois doré à dossier de glace qui apparaissait ainsi comme au travers d’un léger brouillard.

Après avoir exécuté les ordres de sa maîtresse, Mirette se retira discrètement et dit aux deux esclaves avec un malin sourire: