Le chevalier de Croustillac se versa un grand verre de vin, se leva et dit à haute voix:
—Je proposerai d’abord à l’illustre compagnie de porter une santé qui nous est chère à tous, celle de notre glorieux monarque, celle de Louis le Grand, le plus adorable des princes.
Dans ces temps de despotisme inquiet, il eût été impolitique, dangereux même pour le capitaine, d’accueillir froidement la proposition du chevalier.
Maître Daniel, et à son exemple les passagers, répondirent donc à son appel. Tous répétèrent en chœur:
—A la santé du roi! à la santé de Louis le Grand!
Un seul convive resta silencieux. C’était le voisin du chevalier. Croustillac le regarda en fronçant le sourcil.
—Mordioux! monsieur, n’êtes-vous donc pas des nôtres, lui dit-il; seriez-vous l’ennemi de notre monarque bien-aimé?
—Point du tout, point du tout, monsieur; j’aime et je vénère ce grand monarque. Mais comment boirais-je? vous avez pris mon verre, répondit timidement le passager.
—Comment! mordioux! c’est pour un si frivole motif que vous vous exposez à passer pour un mauvais Français? s’écria le chevalier en haussant les épaules. Est-ce que nous manquons de verres ici? Laquais... laquais... allons donc, un verre à monsieur! Mon cher ami... à la bonne heure! maintenant debout et redisons tous: A la santé du roi... de notre grand roi!
Le toast porté, on se rassit.