—Elle n'y manquera pas. Elle est toute blanche, toute jeune; elle s'appelle Musette.
—Ah! le joli nom! Cette pauvre Musette, comme je l'aime!
—Finissons votre chambre, Fleur-de-Marie; elle est tendue d'une jolie toile perse, avec les rideaux pareils; un grand rosier et un énorme chèvrefeuille couvrent les murs de la ferme de ce côté-là et entourent vos croisées, de façon que tous les matins vous n'avez qu'à allonger la main pour cueillir un beau bouquet de roses et de chèvrefeuille.
—Ah! monsieur Rodolphe, quel bon peintre vous êtes!
—Maintenant, voici comme vous passez votre journée.
—Voyons ma journée.
—Votre bonne tante vient d'abord vous éveiller en vous baisant tendrement au front; elle vous apporte un bol de lait bien chaud, parce que votre poitrine est faible, pauvre enfant! Vous vous levez; vous allez faire un tour dans la ferme, voir Musette, les poulets, vos amis les pigeons, les fleurs du jardin. À neuf heures, arrive votre maître d'écriture.
—Mon maître?
—Vous sentez bien qu'il faut apprendre à lire, à écrire et à compter, pour pouvoir aider votre tante à tenir ses livres de fermage.
—C'est vrai, monsieur Rodolphe, je ne pense à rien... il faut bien que j'apprenne à écrire pour aider ma tante, dit sérieusement la pauvre fille, tellement absorbée par la riante peinture de cette vie paisible qu'elle croyait à ses réalités.