[Les adieux.]
Marie (désormais nous donnerons ce nom à la Goualeuse), grâce aux soins de Mme Georges, n'était plus reconnaissable.
Un joli bonnet rond à la paysanne et deux épais bandeaux de cheveux blonds encadraient la figure virginale de la jeune fille. Un ample fichu de mousseline blanche se croisait sur son sein et disparaissait à demi sous la haute bavette carrée d'un petit tablier de taffetas changeant, dont les reflets bleus et roses miroitaient sur le fond sombre d'une robe carmélite qui semblait avoir été faite pour Marie.
Sa physionomie était profondément recueillie; certaines félicités jettent l'âme dans une ineffable tristesse, dans une sainte mélancolie.
Rodolphe ne fut pas surpris de la gravité de Marie, il s'y attendait. Joyeuse et babillarde, il aurait eu d'elle une idée moins élevée.
Avec un tact parfait, il ne lui fit pas le moindre compliment sur sa beauté, qui brillait pourtant ainsi du plus pur éclat.
Rodolphe sentait qu'il y avait quelque chose de solennel, d'auguste, dans cette espèce de rédemption d'une âme arrachée au vice.
On voyait sur les traits sérieux et résignés de Mme Georges la trace de longues souffrances, de profonds chagrins; elle regardait Marie avec une mansuétude, une compassion presque maternelle, tant la grâce et la douceur de cette jeune fille étaient sympathiques.
—Voilà mon enfant... qui vient vous remercier de vos bontés, monsieur Rodolphe, dit Mme Georges en présentant Marie à Rodolphe.
À ces mots de «mon enfant», la Goualeuse tourna lentement ses grands yeux vers sa protectrice et la contempla pendant quelques moments avec une expression de reconnaissance inexprimable.