—Mon homme a mis dans le portefeuille du grand messière en noir deux lettres qui parlent de ça... Mais elle ne les verra pas, la petite gironde... Je lui arracherais plutôt les yeux de ma propre main... Oh! quand je la retrouverai au tapis-franc, son compte sera bon...
—Ah çà! Finette, nous parlons, nous parlons, et les affaires ne marchent pas.
—On peut jaspiner devant elle? demanda Rodolphe.
—En toute confiance; elle est éprouvée et pourra nous être d'un grand secours pour faire le guet, prendre des informations, receler, vendre, etc.; elle a toutes les qualités d'une excellente femme de ménage... Bonne Finette! ajouta le brigand en tendant la main à l'horrible vieille, vous n'avez pas d'idée des services qu'elle m'a rendus... Mais si tu ôtais ton châle, Finette, tu pourrais avoir froid en sortant... mets-le sur la chaise avec ton cabas...
La Chouette se débarrassa de son châle.
Malgré sa présence d'esprit et l'empire qu'il avait sur lui-même, Rodolphe ne put retenir un mouvement de surprise en voyant, suspendu par un anneau d'argent à une grosse chaîne de similor que la vieille avait au cou, un petit saint-esprit de lapis-lazuli, en tout conforme à la description de celui que le fils de Mme Georges portait à son cou lors de sa disparition.
À cette découverte, une idée subite vint à l'esprit de Rodolphe. Selon le Chourineur, le Maître d'école, évadé du bagne depuis six mois, avait mis en défaut toutes les recherches de la police en se défigurant... et depuis six mois le mari de Mme Georges avait disparu du bagne, sans qu'on sût ce qu'il était devenu.
À cet étrange rapprochement, Rodolphe songea que le Maître d'école pouvait bien être le mari de cette infortunée.
Ce misérable avait appartenu à la classe aisée de la société... et le Maître d'école s'exprimait en termes choisis.
Un souvenir en éveille un autre: Rodolphe se rappela encore que Mme Georges lui ayant un jour raconté, en frémissant, l'arrestation de son mari, parla de la résistance désespérée de ce monstre, qui fut sur le point de s'échapper, grâce à sa force herculéenne...