—Murph ne ment jamais, dit froidement Rodolphe. Vos crimes demandent une réparation éclatante. Vous vous êtes introduit à main armée dans ce jardin, vous avez poignardé un homme pour le voler. Vous avez commis un autre meurtre... Vous allez mourir ici... Par pitié pour votre femme et pour votre fils, on vous sauvera la honte de l'échafaud... On dira que vous avez été tué dans une attaque à main armée... Préparez-vous... les armes sont chargées.
La physionomie de Rodolphe était implacable...
Le Maître d'école avait remarqué dans une pièce précédente deux hommes armés de carabines... Son nom était connu: il pensa en effet qu'on allait se débarrasser de lui pour ensevelir dans l'ombre ses derniers crimes et sauver ce nouvel opprobre à sa famille.
Comme ses pareils, cet homme était aussi lâche que féroce. Croyant son heure arrivée, il trembla convulsivement; ses lèvres blanchirent; d'une voix strangulée il cria:
—Grâce!
—Il n'y a pas de grâce pour vous, dit Rodolphe. Si l'on ne vous brûle pas la cervelle ici, l'échafaud vous attend...
—J'aime mieux l'échafaud... Je vivrai au moins deux ou trois mois encore... Qu'est-ce que cela vous fait, puisque je serai puni ensuite!... Grâce!... grâce!...
—Mais votre femme... mais votre fils... ils portent votre nom...
—Mon nom est déjà déshonoré... Quand je ne devrais vivre que huit jours, grâce!...
—Pas même ce mépris de la vie qu'on trouve quelquefois chez les grands criminels! dit Rodolphe avec dégoût.