—C'est pourtant toi, Chourineur, qui me vaux cela! Brigand... sans toi je refroidissais l'homme et j'emportais l'argent. Si je suis aveugle, c'est ta faute! Oui, c'est ta faute!

—Ne pense plus à cela, c'est malsain pour toi. Voyons, viens-tu, oui ou non?... Je suis fatigué, je veux dormir. C'est assez nocé comme ça. Demain je retourne à mon train de bois. Je vas te conduire où tu voudras, j'irai me coucher après.

—Mais je ne sais où aller, moi. Dans mon garni... je n'ose pas... il faudrait dire...

—Eh bien! écoute; veux-tu, pour un jour ou deux, venir dans mon chenil? Je te trouverai peut-être bien des braves gens qui, ne sachant pas qui tu es, te prendront en pension chez eux comme un infirme. Tiens... il y a justement un homme du port Saint-Nicolas, que je connais, dont la mère habite Saint-Mandé; une digne femme, qui n'est pas heureuse. Peut-être bien qu'elle pourrait se charger de toi... Viens-tu, oui ou non?

—On peut se fier à toi, Chourineur. Je n'ai pas peur d'aller chez toi avec mon argent. Tu n'as jamais volé, toi... tu n'es pas méchant, tu es généreux.

—Allons, c'est bon, assez d'épitaphes comme ça.

—C'est que je suis reconnaissant de ce que tu veux bien faire pour moi, Chourineur. Tu es sans haine et sans rancune, toi..., dit le brigand avec humilité, tu vaux mieux que moi.

—Tonnerre! je le crois bien; M. Rodolphe m'a dit que j'avais du cœur.

—Mais quel est-il donc, cet homme? Ce n'est pas un homme, s'écria le Maître d'école avec un redoublement de fureur désespérée, c'est un bourreau, un monstre!

Le Chourineur haussa les épaules et dit: