—Tiens, pourquoi donc que vous ne me l'avez pas dit plus tôt?

—Je vous expliquerai cela plus tard.

—Un moment, dit le Chourineur d'un air triste et embarrassé, en arrêtant Murph par le bras; écoutez, je dois vous dire une chose... que M. Rodolphe ne vous a peut-être pas dite... mais que je ne dois pas cacher au bourgeois qui veut m'employer... parce que, si cela le dégoûte, autant que ce soit tout de suite qu'après.

—Que voulez-vous?

—Je veux dire...

—Eh bien!

—Que je suis repris de justice... que j'ai été au bagne..., dit le Chourineur d'une voix sourde.

—Ah! fit Murph.

—Mais je n'ai jamais fait de tort à personne! s'écria le Chourineur, et je crèverais plutôt de faim que de voler... Mais j'ai fait pis que voler, ajouta le Chourineur en baissant la tête, j'ai tué... par colère... Enfin, ce n'est pas tout ça, reprit-il après un moment de silence, les bourgeois ne veulent jamais employer un forçat; ils ont raison, c'est pas là qu'on couronne des rosières. C'est ce qui m'a toujours empêché de trouver de l'ouvrage ailleurs que sur les ports, à débarder des trains de bois; car j'ai toujours dit, en me présentant pour travailler: Voici, voilà... en voulez-vous? N'en voulez-vous pas? J'aime mieux être refusé tout de suite que découvert plus tard... C'est pour vous dire que je vais tout dégoiser au bourgeois. Vous le connaissez: s'il doit me refuser, évitez-moi ça en me le disant, et je vais tourner les talons.

—Venez toujours, dit Murph.