—Tonnerre! monsieur Rodolphe, dit le Chourineur en ôtant sa redingote avec empressement et en relevant les manches de sa chemise qui laissaient voir ses bras d'athlète. Ça me rappelle ma jeunesse et l'abattoir; vous allez voir comme je taille là-dedans... Nom de nom, je voudrais déjà y être! Ton couteau, garçon, ton couteau! C'est ça... tu t'y entends. Voilà une lame! Qui est-ce qui en veut?... Tonnerre! avec un chourin comme ça je mangerais un taureau furieux.

Et le Chourineur brandit le couteau. Ses yeux commençaient à s'injecter de sang; la bête reprenait le dessus; l'instinct, l'appétit sanguinaire reparaissait dans toute son effrayante énergie.

La tuerie était dans la cour.

C'était une pièce voûtée, sombre, dallée de pierres et éclairée de haut par une étroite ouverture. Le garçon conduisit un des moutons jusqu'à la porte.

—Faut-il le passer à l'anneau, bourgeois?

—L'attacher, tonnerre!... Et ces genoux-là! Sois tranquille, je le serrerai là-dedans comme dans un étau. Donne-moi la bête et retourne à la boutique.

Le garçon rentra.

Rodolphe resta seul avec le Chourineur; il l'examinait avec attention, presque avec anxiété.

—Voyons, à l'ouvrage! lui dit-il.

—Et ça ne sera pas long, tonnerre! Vous allez voir si je manie le couteau. Les mains me brûlent, ça me bourdonne aux oreilles... Les tempes me battent comme quand j'allais y voir rouge... Avance ici, toi... eh! Madelon, que je te chourine à mort!