La maison que possédait Rodolphe dans l'allée des Veuves n'était pas le lieu de sa résidence ordinaire. Il habitait un des plus grands hôtels du faubourg Saint-Germain, situé à l'extrémité de la rue Plumet.
Pour éviter les honneurs dus à son rang souverain, il avait gardé l'incognito depuis son arrivée à Paris, son chargé d'affaires près de la cour de France ayant annoncé que son maître rendrait les visites officielles indispensables sous les nom et titres de comte de Duren.
Grâce à cet usage, fréquent dans les cours du Nord, un prince voyage avec autant de liberté que d'agrément et échappe aux ennuis d'une représentation gênante.
Malgré son transparent incognito, Rodolphe tenait, ainsi qu'il convenait, un grand état de maison. Nous introduirons le lecteur dans l'hôtel de la rue Plumet, le lendemain du départ du Chourineur pour l'Algérie.
Dix heures du matin venaient de sonner.
Au milieu d'une grande pièce située au rez-de-chaussée, et précédant le cabinet de travail de Rodolphe, Murph, assis devant un bureau, cachetait plusieurs dépêches.
Un huissier vêtu de noir, portant au cou une chaîne d'argent, ouvrit les deux battants de la porte du salon d'attente et annonça:
—Son excellence le baron de Graün!
Murph, sans se déranger de son occupation, salua le baron d'un geste à la fois cordial et familier.
—Monsieur le chargé d'affaires..., dit-il en souriant, veuillez vous chauffer, je suis à vous dans l'instant.