—Une supposition: nous voilà bientôt dans les jours gras, la saison où poussent les pierrettes et les débardeurs, les turcs et les sauvages; dans cette saison-là les plus calés sont quelquefois gênés... Eh bien! c'est toujours commode d'avoir une ressource dans sa maison, au lieu d'être obligé de courir chez ma tante, où c'est bien plus humiliant, car on y va au vu et au su de tout le gouvernement.
—Chez votre tante? Elle prête donc sur gages?
—Comment, vous ne savez pas?... Allez donc, allez donc, farceur... Vous faites l'innocent à votre âge!
—Je fais l'innocent! En quoi, madame Pipelet?
—En me demandant si c'est ma tante qui prête sur gages.
—Parce que...
—Parce que tous les jeunes gens en âge de raison savent qu'aller mettre quelque chose au mont de piété ça se dit aller chez ma tante.
—Ah! je comprends... la locataire du second prête aussi sur gages?
—Allons donc, monsieur le sournois, certainement qu'elle prête sur gages, et moins cher qu'au grand mont... Et puis, c'est pas embrouillé du tout; on n'est pas embarrassé d'un tas de paperasses, de reconnaissances, de chiffres... du tout, du tout. Une supposition: on apporte à la mère Burette une chemise qui vaut trois francs: elle vous prête dix sous, au bout de huit jours vous lui en rapportez vingt, sinon elle garde la chemise. Comme c'est simple, hein? Toujours des comptes ronds! Un enfant comprendrait ça.
—C'est fort clair, en effet; mais je croyais qu'il était défendu de prêter ainsi sur gages.