—Cette même eau guérit les faiblesses d'estomac?...
—Cette même eau.
—Elle détruit aussi les rats?
—Sans en manquer un, parce que ce qui est très-sain à l'homme est très-malsain aux animaux.
—C'est juste, madame Pipelet, je n'avais pas songé à cela.
—Et la preuve que c'est une très-bonne eau, c'est qu'elle est faite avec des simples que M. César a récoltés dans les montagnes du Liban, du côté de chez les espèces d'Américains d'où il a aussi amené son cheval qui a l'air d'un tigre; il est tout blanc, picoté de taches baies. Tenez, quand M. César Bradamanti est monté sur sa bête avec son habit rouge à revers jaunes et son chapeau à plumet, on payerait pour le voir; car, parlant par respect, il ressemble à Judas Iscariote avec sa grande barbe rousse. Depuis un mois il a engagé le fils à M. Bras-Rouge, le petit Tortillard, qu'il a habillé comme qui dirait en troubadour, avec une toque noire, une collerette et une jaquette abricot; il bat du tambour à l'entour de M. César pour attirer les pratiques, sans compter que le petit soigne le cheval tigré du dentiste.
—Il me semble que le fils de votre principal locataire remplit là un emploi bien modeste.
—Son père dit qu'il veut lui faire manger de la vache enragée, à cet enfant; que sans ça il finirait sur un échafaud. Au fait, c'est bien le plus malin singe... et méchant, il a fait plus d'un tour à ce pauvre M. César Bradamanti, qui est la crème des honnêtes gens. Vu qu'il a guéri Alfred d'un rhumatisme, nous le portons dans notre cœur. Eh bien! monsieur, il y a des gens assez dénaturés pour... mais non, ça fait dresser les cheveux sur la tête. Alfred dit que si c'était vrai il y aurait cas de galères.
—Mais encore?
—Ah! je n'ose pas, je n'oserai jamais.