—Votre Altesse est trop bonne de vouloir bien se le rappeler, et de me donner un nouveau motif de ne jamais oublier ses bontés.
—Je vous assure, monsieur le comte, que ce n'est pas ma faute si certains souvenirs me sont toujours présents; j'ai le bonheur de ne garder la mémoire que de ce qui m'a été très-agréable.
—Mais Votre Altesse est merveilleusement douée, dit en souriant la comtesse de ***.
—N'est-ce pas, madame? Ainsi, dans bien des années, j'aurai, je l'espère, le plaisir de vous rappeler ce jour, et le goût, l'élégance extrêmes qui président à ce bal... Car, franchement, je puis vous dire cela tout bas, il n'y a que vous qui sachiez donner des fêtes.
—Monseigneur...!
—Et ce n'est pas tout; dites-moi donc, monsieur l'ambassadeur, pourquoi les femmes me paraissent toujours plus jolies ici qu'ailleurs.
—C'est que Votre Altesse étend jusqu'à elles la bienveillance dont elle nous comble.
—Permettez-moi de ne pas être de votre avis, monsieur le comte; je crois que cela dépend absolument de madame l'ambassadrice.
—Votre Altesse voudrait-elle avoir la bonté de m'expliquer ce prodige? dit la comtesse en souriant.
—Mais c'est tout simple, madame: vous savez accueillir toutes ces belles dames avec une urbanité si parfaite, avec une grâce si exquise, vous leur dites à chacune un mot si charmant et si flatteur, que celles qui ne méritent pas tout à fait... tout à fait cette louange si aimable, dit Rodolphe en souriant avec malice, sont d'autant plus radieuses d'être distinguées par vous, tandis que celles qui la méritent sont non moins radieuses d'être appréciées par vous. Ces innocentes satisfactions épanouissent toutes les physionomies; le bonheur rend attrayantes les moins agréables, et voilà pourquoi, madame la comtesse, les femmes semblent toujours plus jolies chez vous qu'ailleurs. Je suis sûr que M. l'ambassadeur dira comme moi.