—C'est tout simple; il vous était si facile de rester aimable... là-bas..., dit Mme d'Harville avec un demi-sourire.
—C'est-à-dire de rester absent, n'est-ce pas? C'est une horreur, c'est une infamie, ce que vous dites là! s'écria M. de Lucenay en décroisant ses jambes et en frappant sur son chapeau comme sur un tambour de basque.
—Pour l'amour du ciel, M. de Lucenay, ne criez pas si haut et tenez-vous tranquille, ou vous allez nous faire quitter la place, dit Mme d'Harville avec humeur.
—Quitter la place! Ça serait donc pour me donner votre bras et aller faire un tour dans la galerie?
—Avec vous? Certainement non. Voyons, je vous prie, ne touchez pas à ce bouquet; de grâce, laissez aussi cet éventail, vous allez le briser, selon votre habitude...
—Si ce n'est que ça, j'en ai cassé plus d'un, allez! Surtout un magnifique chinois que Mme de Vaudémont avait donné à ma femme.
En disant ces rassurantes paroles, M. de Lucenay tracassait dans un réseau de plantes grimpantes qu'il tirait à lui par petites secousses. Il finit par les détacher de l'arbre qui les soutenait; elles tombèrent, et le duc s'en trouva pour ainsi dire couronné.
Alors ce furent des éclats de rire si glapissants, si fous, si étourdissants, que Mme d'Harville eût fui cet incommode et fâcheux personnage, si elle n'eût pas aperçu M. Charles Robert (le commandant, comme disait Mme Pipelet) qui s'avançait à l'autre extrémité de l'allée. La jeune femme craignait de paraître ainsi aller à sa rencontre, et resta auprès de M. de Lucenay.
—Dites donc, madame Mac-Gregor, je devais joliment avoir l'air d'un dieu Pan, d'une naïade, d'un Sylvain, d'un sauvage sous ce feuillage? dit M. de Lucenay en s'adressant à Sarah, auprès de laquelle il alla brusquement s'étaler. À propos de sauvage, il faut que je vous raconte une histoire outrageusement inconvenante... Figurez-vous qu'à Otaïti...
—Monsieur le duc! lui dit Sarah d'un ton glacial.