—Il offre des difficultés, mais il peut réussir.
—Avouez qu'il aura une heureuse chance de plus, si nous l'exécutons au moment où Rodolphe sera doublement accablé par le scandale de la conduite de Mme d'Harville et par la disparition de cette créature à laquelle il s'intéresse tant.
—Je le crois... Mais si ce dernier espoir nous échappe encore... alors je serai libre..., dit Tom en regardant Sarah d'un air sombre.
—Vous serez libre!...
—Vous ne renouvellerez plus les prières qui, deux fois, ont malgré moi suspendu ma vengeance! Puis, montrant d'un regard le crêpe qui entourait son chapeau et les gants noirs qui entouraient ses mains, Tom ajouta, en souriant d'un air sinistre:
—J'attends toujours, moi... Vous savez bien que je porte ce deuil depuis seize ans... et que je ne le quitterai que si...
Sarah, dont les traits exprimaient une crainte involontaire, se hâta d'interrompre son frère et lui dit avec anxiété:
—Je vous dis que vous serez libre... Tom... car alors cette confiance profonde qui jusqu'ici m'a soutenue dans des circonstances si diverses, parce qu'elle a été justifiée au delà de la prévision humaine... m'aura tout à fait abandonnée. Mais jusque-là il n'est pas de danger si mince en apparence que je ne veuille écarter à tout prix... Le succès dépend souvent des plus petites causes... Des obstacles peu graves peut-être se trouvent sur mon chemin au moment où j'approche du but; je veux avoir le champ libre, je les briserai. Mes moyens sont odieux, soit!... Ai-je été ménagée, moi? s'écria Sarah en élevant involontairement la voix.
—Silence! On revient du souper, dit Tom. Puisque vous croyez utile de prévenir le marquis d'Harville du rendez-vous de demain, partons... il est tard.
—L'heure avancée de la nuit à laquelle lui sera donné cet avis en prouvera l'importance.