Nous l'avons dit, la Goualeuse s'était assise sur un tronc d'arbre renversé au bord d'un fossé profond.
Tout à coup un homme, se dressant du fond de cette excavation, secoua la litière sous laquelle il s'était tapi, et poussa un éclat de rire formidable.
La Goualeuse se retourna en jetant un cri d'effroi.
C'était le Chourineur.
—N'aie pas peur, ma fille, reprit le Chourineur en voyant la frayeur de la jeune fille, qui se réfugia auprès de son compagnon. Voilà une fameuse rencontre, hein! Maître Rodolphe, vous ne vous attendiez pas à cela? Ni moi non plus... Puis il ajouta d'un ton sérieux: Tenez, maître... voyez-vous, on dira ce qu'on voudra... mais il y a quelque chose en l'air... là-haut... au-dessus de nos têtes... Le meg des megs est un malin, il me fait l'effet de dire à l'homme: «Va comme je te pousse...» vu qu'il vous a poussé ici, ce qui est diablement étonnant!
—Que fais-tu là? dit Rodolphe très-surpris.
—Je veille au grain pour vous, mon maître... Mais, tonnerre! quelle bonne farce que vous veniez justement dans les environs de ma maison de campagne... Tenez, il y a quelque chose: décidément, il y a quelque chose.
—Mais, encore une fois, que fais-tu là?
—Tout à l'heure vous le saurez, donnez-moi seulement le temps de percher sur votre observatoire à un cheval.
Et le Chourineur courut vers le fiacre arrêté à peu de distance, jeta çà et là sur la plaine immense un coup d'œil perçant, et revint prestement rejoindre Rodolphe.