—Je vous crois, madame, et je me résignerai; hier, dans notre entretien, M. le curé m'avait annoncé les douloureuses expiations: elles commencent, je ne dois pas m'étonner. Il m'a dit encore que mes souffrances me seraient un jour comptées... Je l'espère... Soutenue dans ces épreuves par vous et par lui, je ne me plaindrai pas.
—Vous allez d'ailleurs le voir dans quelques moments, jamais ses conseils ne vous auront été plus salutaires... Voici déjà quatre heures et demie; disposez-vous à aller au presbytère, mon enfant... Je vais écrire à M. Rodolphe pour lui apprendre ce qui est arrivé à la ferme d'Arnouville... Un exprès lui portera ma lettre... puis j'irai vous rejoindre chez notre bon abbé... car il est urgent que nous causions tous trois.
Peu d'instants après, la Goualeuse sortait de la ferme afin de se rendre au presbytère par le chemin creux où la veille le Maître d'école et Tortillard étaient convenus de se retrouver.
[XIII]
[Réflexion]
Ainsi qu'on a pu le voir par ses entretiens avec Mme Georges et avec le curé de Bouqueval, Fleur-de-Marie avait si noblement profité des conseils de ses bienfaiteurs, s'était tellement assimilé leurs principes, qu'elle se désespérait de plus en plus en songeant à son abjection passée.
Malheureusement encore, son esprit s'était développé à mesure que ses excellents instincts grandissaient au milieu de l'atmosphère d'honneur et de pureté où elle vivait.
D'une intelligence moins élevée, d'une sensibilité moins exquise, d'une imagination moins vive, Fleur-de-Marie se serait facilement consolée.
Elle s'était repentie, un vénérable prêtre l'avait pardonnée, elle aurait oublié les horreurs de la Cité au milieu des douceurs de la vie rustique qu'elle partageait avec Mme Georges; elle se fût enfin livrée sans crainte à l'amitié que lui témoignait Mlle Dubreuil, et cela, non par insouciance des fautes qu'elle avait commises, mais par confiance aveugle dans la parole de ceux dont elle reconnaissait l'excellence.