Mais à quoi bon cette trop longue énumération? Ne devons-nous pas craindre d'effrayer le lecteur? Il a déjà bien voulu nous faire la grâce de nous suivre en des lieux assez étranges, il hésiterait peut-être à nous accompagner dans de nouvelles pérégrinations.

Cela dit, passons.

On se souvient que, la veille du jour où s'accomplissaient les événements que nous venons de raconter (l'enlèvement de la Goualeuse par la Chouette), Rodolphe avait sauvé Mme d'Harville d'un danger imminent, danger suscité par la jalousie de Sarah, qui avait prévenu M. d'Harville du rendez-vous si imprudemment accordé par la marquise à M. Charles Robert.

Rodolphe, profondément ému de cette scène, était rentré chez lui en sortant de la maison de la rue du Temple, remettant au lendemain la visite qu'il comptait faire à Mlle Rigolette et à la famille de malheureux artisans dont nous avons parlé; car il les croyait à l'abri du besoin, grâce à l'argent qu'il avait remis pour eux à la marquise, afin de rendre sa prétendue visite de charité plus vraisemblable aux yeux de M. d'Harville. Malheureusement Rodolphe ignorait que Tortillard s'était emparé de cette bourse, et l'on sait comment le petit boiteux avait commis ce vol audacieux.

Vers les quatre heures, le prince reçut la lettre suivante...

Une femme âgée l'avait apportée et s'en était allée sans attendre la réponse.

«Monseigneur,

Je vous dois plus que la vie; je voudrais vous exprimer aujourd'hui même ma profonde reconnaissance. Demain peut-être la honte me rendrait muette... Si vous pouviez me faire l'honneur de venir chez moi ce soir, vous finirez cette journée comme vous l'avez commencée, monseigneur, par une généreuse action.

D'ORBIGNY-D'HARVILLE.»

«P. S. Ne prenez pas la peine de me répondre, monseigneur, je serai chez moi toute la soirée.»