Jamais Clémence n'avait été plus frappée du noble et gracieux ensemble des traits du prince; jamais sa voix ne lui avait semblé plus douce et plus vibrante.

Sentant combien il était pénible pour la marquise de commencer cette conversation, Rodolphe lui dit:

—Vous avez été, madame, victime d'une trahison indigne: une lâche délation de la comtesse Sarah Mac-Gregor a failli vous perdre.

—Il serait vrai, monseigneur? s'écria Clémence. Mes pressentiments ne me trompaient donc pas... Et comment Votre Altesse a-t-elle pu savoir?...

—Hier, par hasard, au bal de la comtesse ***, j'ai découvert le secret de cette infamie. J'étais assis dans un endroit écarté du jardin d'hiver. Ignorant qu'un massif de verdure me séparait d'eux et me permettait de les entendre, la comtesse Sarah et son frère vinrent s'entretenir près de moi de leurs projets et du piège qu'ils vous tendaient. Voulant vous prévenir du péril dont vous étiez menacée, je me rendis à la hâte au bal de Mme de Nerval, croyant vous y trouver: vous n'y aviez pas paru. Vous écrire ici ce matin, c'était exposer ma lettre à tomber entre les mains du marquis, dont les soupçons devaient être éveillés. J'ai préféré aller vous attendre rue du Temple, pour déjouer la trahison de la comtesse Sarah. Vous me pardonnez, n'est-ce pas, de vous entretenir si longtemps d'un sujet qui doit vous être désagréable? Sans la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire... de ma vie je ne vous eusse parlé de tout ceci...

Après un moment de silence, Mme d'Harville dit à Rodolphe:

—Je n'ai qu'une manière, monseigneur, de vous prouver ma reconnaissance... c'est de vous faire un aveu que je n'ai fait à personne. Cet aveu ne me justifiera pas à vos yeux, mais il vous fera peut-être trouver ma conduite moins coupable.

—Franchement, madame, dit Rodolphe en souriant, ma position envers vous est très-embarrassante...

Clémence, étonnée de ce ton presque léger, regarda Rodolphe avec surprise.

—Comment, monseigneur?