—Elle est trop épaisse, je ne peux pas.

—Morel, casse donc la glace de la cruche, dit Madeleine d'une voix dolente et impatiente; puisque je n'ai pas autre chose à boire que de l'eau, que j'en puisse boire au moins. Tu me laisses mourir de soif.

—Oh! mon Dieu! mon Dieu! quelle patience! Mais comment veux-tu que je fasse? J'ai ta mère sur les bras, s'écria le malheureux lapidaire.

Il ne pouvait parvenir à se débarrasser de l'idiote, qui, commençant à s'irriter de la résistance qu'elle rencontrait, faisait entendre une sorte de grondement courroucé.

—Appelle-la donc, dit Morel à sa femme; elle t'écoute quelquefois, toi.

—Ma mère, allez vous coucher; si vous êtes sage, je vous donnerai du café que vous aimez bien.

—Ça, ça, reprit l'idiote en cherchant cette fois à s'emparer violemment du rubis qu'elle convoitait.

Morel la repoussa avec ménagement, mais en vain.

—Mon Dieu! tu sais bien que tu n'en finiras pas avec elle, si tu ne lui fais pas peur avec le fouet, s'écria Madeleine; il n'y a que ce moyen-là de la faire rester tranquille.

—Il le faut bien; mais, quoiqu'elle soit folle, menacer une vieille femme de coups de fouet, ça me répugne toujours, dit Morel.