—Comment! tu ne sais pas!... Mais c'est juste, quand l'autre jour Mme Mathieu est venue, tu dormais. Elle m'a donné dix diamants faux, dix cailloux du Rhin à tailler, juste de la même grosseur et de la même manière que le même nombre de pierres fines qu'elle m'apportait, celles qui sont là avec des rubis. Je n'ai jamais vu des diamants d'une plus belle eau; ces dix pierres-là valent certainement plus de soixante mille francs.
—Et pourquoi te les fait-elle imiter en faux?
—Une grande dame à qui ils appartiennent, une duchesse, je crois, a chargé M. Baudoin le joaillier de vendre sa parure et de lui faire faire à la place une parure en pierres fausses. Mme Mathieu, la courtière en pierreries de M. Baudoin, m'a appris cela en m'apportant les pierres vraies, afin que je donne aux fausses la même coupe et la même forme; Mme Mathieu a chargé de la même besogne quatre autres lapidaires, car il y a quarante ou cinquante pierres à tailler. Je ne pouvais pas tout faire, cela devait être prêt ce matin; il faut à M. Baudoin le temps de remonter des pierres fausses. Mme Mathieu dit que souvent des dames font ainsi en cachette remplacer leurs diamants par des cailloux du Rhin.
—Tu vois bien, les fausses pierres font le même effet que les vraies, et les grandes dames, qui mettent seulement ça pour se parer, n'auraient jamais l'idée de sacrifier un diamant au soulagement de malheureux comme nous!
—Pauvre femme! Sois donc raisonnable, le chagrin te rend injuste. Qui est-ce qui sait que nous, les Morel, sommes malheureux?
—Oh! quel homme, quel homme! On te couperait en morceaux, toi, que tu dirais merci.
Morel haussa les épaules avec compassion.
—Combien te devra ce matin Mme Mathieu? reprit Madeleine.
—Rien, puisque je suis en avance avec elle de cent vingt francs.
—Rien! Mais nous avons fini hier nos derniers vingt sous.