—Oh! oui, elle est honnête, et active, et bonne!... Quand, nous voyant dans la gêne à cause de ta maladie, elle a voulu entrer en place pour ne pas nous être à charge, je ne t'ai pas dit, va, ce que ça m'a coûté!... Elle, servante... maltraitée, humiliée!... elle si fière naturellement qu'en riant... te souviens-tu? nous riions alors, nous l'appelions la Princesse, parce qu'elle disait toujours qu'à force de propreté elle rendrait notre pauvre réduit comme un petit palais... Chère enfant, ç'aurait été mon luxe de la garder près de nous, quand j'aurais dû passer les nuits au travail... C'est qu'aussi, quand je voyais sa bonne figure rose et ses jolis yeux bruns devant moi, là, près de mon établi, et que je l'écoutais chanter, ma tâche ne me paraissait pas lourde! Pauvre Louise, si laborieuse et avec ça si gaie... Jusqu'à ta mère dont elle faisait ce qu'elle voulait!... Mais, dame! aussi quand elle vous parlait, quand elle vous regardait, il n'y avait pas moyen de ne pas dire comme elle... Et toi, comme elle te soignait! comme elle t'amusait! Et ses frères et ses sœurs, s'en occupait-elle assez!... Elle trouvait le temps de tout faire. Aussi, avec Louise, tout notre bonheur... tout s'en est allé.

—Tiens, Morel, ne me rappelle pas ça... tu me fends le cœur, dit Madeleine en pleurant à chaudes larmes.

—Et quand je pense que peut-être ce vieux monstre... Tiens, vois-tu... à cette pensée la tête me tourne... Il me prend des envies d'aller le tuer et de me tuer après...

—Et nous! qu'est-ce que nous deviendrions? Et puis, encore une fois, tu t'exagères. Le notaire aura peut-être dit cela à Louise comme... en plaisantant... D'ailleurs il va à la messe tous les dimanches; il fréquente beaucoup de prêtres... Il y a beaucoup de gens qui disent qu'il est plus sûr de placer de l'argent chez lui qu'à la caisse d'épargne.

—Qu'est-ce que cela prouve? Qu'il est riche et hypocrite... je connais bien Louise... elle est honnête... Oui, mais elle nous aime comme on n'aime pas; son cœur saigne de notre misère. Elle sait que sans moi vous mourriez tout à fait de faim; et si le notaire l'a menacée de me faire mettre en prison... la malheureuse a été peut-être capable... Oh! ma tête!... c'est à en devenir fou!

—Mon Dieu! si cela était arrivé, le notaire lui aurait donné de l'argent, des cadeaux, et, bien sûr, elle n'aurait rien gardé pour elle; elle nous en aurait fait profiter.

—Tais-toi... je ne comprends pas seulement que tu aies des idées pareilles... Louise accepter... Louise...

—Mais pas pour elle... pour nous...

—Tais-toi... encore une fois, tais-toi!... tu me fais frémir... Sans moi... je ne sais pas ce que tu serais devenue... et mes enfants aussi avec des raisons pareilles.

—Quel mal est-ce que je dis?