—Morel, n'y va pas. Défends-toi! s'écria Madeleine avec égarement. Tue-les, ces gueux-là. Oh! es-tu poltron!... Tu te laisseras emmener? Tu nous abandonneras?

—Faites comme chez vous, madame, dit Bourdin d'un air sardonique. Mais si votre homme lève la main sur moi, je l'étourdis.

Seulement préoccupé de Louise, Morel n'entendait rien de ce qu'on disait autour de lui. Tout à coup une expression de joie amère éclaira son visage, il s'écria:

—Louise a quitté la maison du notaire... j'irai en prison de bon cœur... Mais, jetant un regard autour de lui, il s'écria: Et ma femme et sa mère... et mes autres enfants... qui les nourrira? On ne voudra pas me confier des pierres pour travailler en prison... on croira que c'est mon inconduite qui m'y envoie... Mais c'est donc la mort des miens, notre mort à tous, qu'il veut, le notaire?

—Une fois! deux fois! finirons-nous? dit Bourdin, ça nous embête, à la fin... Habillez-vous, et filons.

—Mes bons messieurs, pardon de ce que je vous ai dit tout à l'heure! s'écria Madeleine toujours couchée. Vous n'aurez pas le cœur d'emmener Morel... Qu'est-ce que vous voulez que je devienne avec mes cinq enfants et ma mère qui est folle? Tenez, la voyez-vous?... là, accroupie sur son matelas? elle est folle, mes bons messieurs!... elle est folle...

—La vieille tondue?

—Tiens! c'est vrai, elle est tondue, dit Malicorne; moi, je croyais qu'elle avait un serre-tête blanc...

—Mes enfants, jetez-vous aux genoux de ces bons messieurs, s'écria Madeleine, voulant, par un dernier effort, attendrir les recors; priez-les de ne pas emmener votre pauvre père... notre seul gagne-pain...

Malgré les ordres de leur mère, les enfants pleuraient effrayés, n'osant pas sortir de leur grabat.