—Alfred! riposta Mme Pipelet en criant à tue-tête, d'une voix aigre à percer le tympan d'un sourd, Alfred! tape dessus, vieux chéri! Ils ont voulu faire les Bédouins avec ta Stasie (Anastasie). Ces deux indécents... ils m'ont saccagée... Tape dessus à grands coups de balai... Dis à l'écaillère et au rogomiste de t'aider... À vous! à vous! à vous! au chat! au chat! au voleur!... Kiss! kiss! kiss!... Brrrrr... Hou... hou... Tape dessus!... vieux chéri!!! Boum! boum!!!
Et, pour clore formidablement ces onomatopées, qu'elle avait accompagnées de trépignements furieux, Mme Pipelet, emportée par l'ivresse de la victoire, lança du haut en bas de l'escalier son poêlon de faïence, qui, se brisant avec un bruit épouvantable au moment où les recors, étourdis de ces cris affreux, descendaient quatre à quatre les dernières marches, augmenta prodigieusement leur effroi.
—Et alllllez donc! s'écria Anastasie en riant aux éclats et en se croisant les bras dans une attitude triomphante.
Pendant que Mme Pipelet poursuivait les recors de ses injures et de ses huées, Morel s'était jeté aux pieds de Rodolphe.
—Ah! monsieur, vous nous sauvez la vie!... À qui devons-nous ce secours inespéré?...
—À Dieu; vous le voyez, il a toujours pitié des honnêtes gens.
[II]
[Rigolette]
Louise, la fille du lapidaire, était remarquablement belle, d'une beauté grave. Svelte et grande, elle tenait de la Junon antique par la régularité de ses traits sévères, et de la Diane chasseresse par l'élégance de sa taille élevée. Malgré le hâle de son teint, malgré la rougeur rugueuse de ses mains, d'un très-beau galbe, mais durcies par les travaux domestiques, malgré ses humbles vêtements, cette jeune fille avait un extérieur plein de noblesse, que l'artisan, dans son admiration paternelle, appelait un air de princesse.