—Comment, monsieur, connaissez-vous le nom de ma femme?... qui vous a appris que...

—Depuis ce matin six heures, dit Rodolphe en interrompant Morel, je suis caché dans le petit grenier qui avoisine votre mansarde.

—Vous!... monsieur?

—Et j'ai tout entendu, tout, honnête et excellent homme!!!

—Mon Dieu!... mais comment étiez-vous là?

—En bien ou en mal, je ne pouvais être mieux renseigné que par vous-même; j'ai voulu tout voir, tout entendre à votre insu. Le portier m'avait parlé de ce petit réduit en me proposant de me le céder pour en faire un bûcher. Ce matin, je lui ai demandé à le visiter; j'y suis resté une heure, et j'ai pu me convaincre qu'il n'y avait pas un caractère plus probe, plus noble, plus courageusement résigné que le vôtre.

—Mon Dieu, monsieur, il n'y a pas grand mérite: je suis né comme ça, et je ne pourrais pas faire autrement.

—Je le sais; aussi je ne vous loue pas, je vous apprécie... J'allais sortir de ce réduit pour vous délivrer des recors, lorsque j'ai entendu la voix de votre fille. J'ai voulu lui laisser le plaisir de vous sauver... Malheureusement, la rapacité des gardes du commerce a enlevé cette douce satisfaction à la pauvre Louise; alors j'ai paru. J'avais reçu hier quelques sommes qui m'étaient dues, j'ai été à même de faire une avance à votre bienfaitrice en payant pour vous cette malheureuse dette. Mais votre infortune a été si grande, si honnête, si digne, que l'intérêt qu'on vous porte et que vous méritez ne s'arrêtera pas là. Je puis, au nom de votre ange sauveur, vous répondre d'un avenir paisible, heureux, pour vous et pour les vôtres...

—Il serait possible!... Mais, au moins, son nom, monsieur?... son nom, à cet ange du ciel, à cet ange sauveur, comme vous l'appelez?

—Oui, c'est un ange... Et vous aviez encore raison de dire que grands et petits avaient leurs peines.