—Comment, mon voisin, vous ne savez pas ce que vous coûte votre redingote?

—Je vous avouerai en confidence, ma voisine, dit Rodolphe en souriant, que je la dois... Alors, vous comprenez... je ne peux pas savoir...

—Ah! mon voisin, mon voisin, vous me faites l'effet de ne pas avoir beaucoup d'ordre.

—Hélas! non, ma voisine.

—Il faudra vous corriger de cela, si vous voulez que nous soyons amis, et je vois déjà que nous le serons, vous avez l'air si bon! Vous verrez que vous ne serez pas fâché de m'avoir pour voisine. Vous m'aiderez... je raccommoderai... on est voisin, c'est pour ça. J'aurai bien soin de votre linge, vous me donnerez un coup de main pour cirer ma chambre. Je suis matinale, je vous réveillerai afin que vous ne soyez pas en retard à votre magasin. Je frapperai à votre cloison jusqu'à ce que vous m'ayez dit: «Bonjour, voisine!»

—C'est convenu, vous m'éveillerez; vous aurez soin de mon linge, et je cirerai votre chambre.

—Et vous aurez de l'ordre?

—Certainement.

—Et quand vous aurez quelques effets à acheter, vous irez au Temple; car, tenez, un exemple: votre redingote vous coûte quatre-vingts francs, je suppose; eh bien! vous l'auriez eue au Temple pour trente francs.

—Mais c'est merveilleux! Ainsi, vous croyez qu'avec cinq ou six cents francs ces pauvres Morel...?