—Serez-vous donc insensible? Refuserez-vous cette dernière consolation à votre enfant? demanda Rodolphe à Morel. Si vous croyez me devoir quelque reconnaissance pour les bontés que j'ai attirées sur vous, rendez-vous à la prière de votre fille.

Après un moment de farouche et morne silence, Morel répondit: «Allons!...»

—Mais... où irons-nous?... demanda Rodolphe, votre famille est à côté...

—Où nous irons? s'écria le lapidaire avec une ironie amère; où nous irons? là-haut... dans la mansarde... à côté du corps de ma fille... le lieu est bien choisi pour cette confession... n'est-ce pas? Allons... nous verrons si Louise osera mentir en face du cadavre de sa sœur. Allons!

Et Morel sortit précipitamment, d'un air égaré, sans regarder Louise.

—Monsieur, dit tout bas le commissaire à Rodolphe, de grâce, dans l'intérêt de ce pauvre père, ne prolongez pas cet entretien. Vous disiez vrai, sa raison n'y résisterait pas; tout à l'heure son regard était presque celui d'un fou...

—Hélas! monsieur, je crains comme vous un terrible et nouveau malheur; je vais abréger autant que possible ces adieux déchirants.

Et Rodolphe rejoignit le lapidaire et sa fille.

Si étrange, si lugubre que fût la détermination de Morel, elle était d'ailleurs, pour ainsi dire, commandée par les localités; le magistrat consentait à attendre l'issue de cet entretien dans la chambre de Rigolette, la famille Morel occupait le logement de Rodolphe, il ne restait que la mansarde.

Ce fut dans ce funèbre réduit que se rendirent Louise, son père et Rodolphe.