Il ne la retira pas; alors sa fille, éclatant en sanglots, la couvrit de baisers et la sentit bientôt se presser légèrement contre ses lèvres. La colère de Morel avait cessé; ses larmes, longtemps contenues, coulèrent enfin.

—Mon père! si vous saviez? s'écria Louise, si vous saviez comme je suis à plaindre!

—Oh! tiens, vois-tu, ce sera le chagrin de toute ma vie, Louise, de toute ma vie, répondit le lapidaire en pleurant. Toi, mon Dieu!... toi en prison... sur le banc des criminels... toi, si fière... quand tu avais le droit d'être fière... Non! reprit-il dans un nouvel accès de douleur désespérée, non! je préférerais te voir sous le drap de mort à côté de ta pauvre petite sœur...

—Et moi aussi, je voudrais y être! répondit Louise.

—Tais-toi, malheureuse enfant, tu me fais mal... J'ai eu tort de te dire cela; j'ai été trop loin... Allons, parle; mais, au nom de Dieu, ne mens pas... Si affreuse que soit la vérité, dis-la-moi... que je l'apprenne de toi... elle me paraîtra moins cruelle... Parle, hélas! les moments nous sont comptés; en bas... on t'attend. Oh! les tristes... tristes adieux, juste ciel!

—Mon père, je vous dirai tout..., reprit Louise, s'armant de résolution; mais promettez-moi, et que notre sauveur me promette aussi de ne répéter ceci à personne... à personne... S'il savait que j'ai parlé, voyez-vous... Oh! ajouta-t-elle en frissonnant de terreur, vous seriez perdus... perdus comme moi... car vous ne savez pas la puissance et la férocité de cet homme!

—De quel homme?

—De mon maître...

—Le notaire?

—Oui..., dit Louise à voix basse et en regardant autour d'elle, comme si elle eût craint d'être entendue.